Réalisation : Boutet de Monvel, Louis-Maurice (Orléans, 18 octobre 1850 - Paris, 16 mars 1913) (peintre)
L'Apothéose
L'Apothéose
Réalisation : 1884
Domaine : Peinture
Technique(s) : Toile (peinture à l'huile)
Dimensions : Hauteur : 430 cm ; largeur : 332 cm
N°inventaire : D.80.1.1
Cartel
L'amnistie générale des Communards votée en 1880 par le gouvernement de Jules Ferry – le premier véritablement républicain depuis le début de la Troisième République -, dix ans après l’insurrection de la Commune de Paris, suscita de vives réactions dans les rangs des conservateurs et des royalistes, jusque-là majoritaires. Pour le public de 1885, nul doute que la grande allégorie que Boutet de Monvel envoie au Salon sous le titre L’Apothéose, qui devait être la sienne avec une médaille d’or à la clé, était une violente condamnation du nouveau régime qui tournait une page définitive avec l’idée d’un retour à la monarchie. Sans doute pour éviter la censure, le peintre remonte d’une génération, jusqu’à la naissance de la Deuxième République proclamée à la suite de la révolution de février 1848, qui entraîna la chute de Louis-Philippe. C’est cette République née des émeutes, sur les cendres du Palais Royal, qu’il saisit, au moment où le peuple pille les Tuileries et transporte le trône du dernier roi jusqu’à la place de la Bastille pour le brûler au pied de la colonne de Juillet. Le brigand Robert Macaire, héros du célèbre mélodrame de la monarchie de Juillet L'Auberge des Adrets, accompagné de son complice Bertrand battant de la grosse caisse sous les acclamations de la foule, orchestre la parodie du couronnement d’un homme ivre et en guenilles ; enveloppé dans le manteau du roi déchu et juché sur son trône, il vient de recevoir la couronne dérobée dans le sac du palais. Le manant foule de son pied sale une femme - allégorie de la France - renversée avec le drapeau de la Garde nationale orné du coq gaulois. La composition en contre-plongée et les raccourcis caricaturaux frappent par leur puissance comme par leur originalité. Le coloris est symboliquement tricolore : bleu des vestes de la populace, blanc de la barricade et du drapeau, rouge du manteau et des autres drapeaux brandis par ces mains aux ongles noirs. Comme Zola dans L'Assommoir (1877) et Germinal (1885), contemporains du tableau, Boutet de Monvel donne à voir avec une force saisissante ces « classes laborieuses, classes dangereuses », dont les révoltes ont fait et défait les régimes tout au long du XIXe siècle. La canaille, avec la République, devient la nouvelle classe dominante. La crainte des altercations que pouvait susciter ce pamphlet violemment antirépublicain conduit le ministre des Beaux-Arts à faire retirer le tableau des cimaises la veille de l'ouverture du Salon. Cette décision met le feu aux poudres : au nom de la liberté artistique et afin de permettre à ses lecteurs de juger par eux-mêmes, Le Figaro décide d'exposer la toile dans ses locaux, tandis que le communard Henri Rochefort condamne lui aussi cette mesure au nom de la liberté de l'art. Boutet conservera une rancune éternelle envers ses contemporains responsables d’avoir empêché le triomphe d’un tableau qui aurait dû le consacrer comme l’un des plus grands peintres d’histoire de son temps, et qui sonna le glas de ses ambitions dans ce genre. La réapparition en 1980 de cette icône de la IIIe République a été une formidable occasion d’acquérir le mythique tableau de cet artiste né à Orléans, au moment où le nouveau musée, en cours de construction allait enfin être doté d’une salle adaptée aux grands formats du XIXe siècle.
Provenance
Exposition du palais de l'industrie, retiré avant l'ouverture, 1885.
Grand hall de l'immeuble du Figaro, mai 1885.
Préempté en vente publique (Paris, Drouot, 20 juin 1980, lot 11) par l'Etat avec participation de la Société des amis des musées d'Orléans, 1980.
Inscrit sur les inventaires du Louvre.
Dépôt de l'Etat au musée des Beaux-Arts d'Orléans, octobre 1980.
Transfert en pleine propriété à la ville d'Orléans, 2020.
École
France
Localisation
Musée des Beaux-Arts
2e entresol
Salle : Salle des grands formats