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La Jeune paysanne de Salomon de Bray se dévoile

Les restaurations réservent parfois des surprises. La Jeune paysanne de Salomon de Bray, chef-d’œuvre acquis en 1907 comme un tableau de Jacob Jordaens, a révélé de nombreux repeints lors de sa restauration par l’atelier Arcanes

Salomon de Bray, Jeune paysanne, 1635, PE.1406.A, avant restauration
Salomon de Bray, Jeune paysanne, 1635, PE.1406.A, après restauration

Salomon de Bray (Amsterdam, 1597 – Haarlem 1664), Jeune paysanne, vers 1635, huile sur bois, 50,5 x 65,4 cm, inv. PE.1406.A. Achat du musée à la marchande de tableau bordelaise Madame Pillon sur les conseils du donateur Paul Fourché en 1907

Musée des Beaux-Arts

Une acquisition majeure

En 1907, Paul Fourché, grand donateur du musée, conseille à la Ville d’Orléans d’acquérir un tableau représentant une jeune paysanne qu’il croit de la main du Flamand Jacob Jordaens. En réalité, ce tableau vendu par Mme Pillon, marchande de tableau à Bordeaux, est du peintre Salomon de Bray, originaire d’Amsterdam mais très tôt installé à Haarlem. Membre d’une importante famille d’artistes, Salomon de Bray est un artiste fondamental de la première moitié du XVIIe siècle, célèbre pour sa lecture naturaliste des sujets, n’hésitant pas à créer le flou entre scènes de genre et sujets allégoriques ou bibliques.

La Jeune paysanne du musée d’Orléans a été reconnue en 1932 de la main du peintre par le grand historien et conservateur du musée du Louvre Charles Sterling qui soulignait « la franchise sèche et fière avec laquelle est vue cette Néerlandaise », à rapprocher de plusieurs compositions du peintre datés de la seconde moitié des années 1630.

Une restauration à découvertes

La présence d’un vernis très opaque et jauni ont conduit à sa restauration au début de l’année 2025. Immédiatement est né un questionnement sur la chemise portée par la jeune femme : la lumière rasante faisait apparaitre clairement dans le chemisier un réseau de craquelures différent du reste la peinture.

Salomon de Bray, Jeune paysanne, 1635, PE.1406.A, sous UV

Photographie du tableau d’Orléans avant restauration sous Ultraviolets (UV) avec mise en exergue du repeint

En photographie sous UV, la matière de cette même zone réagissait différemment et les tests ont permis de confirmer que le repeint n’avait pas pour fonction de dissimuler une partie détériorée de la composition. Cela signifie que le tableau a subi à une date inconnue un important repeint de pudeur. La pratique est courante au fil des siècles : ce qui paraissait acceptable à une époque peut ne plus l’être à une autre. Si des cas extrêmes ont conduit à des destructions d’œuvres jugées impudiques, une approche plus modérée consistait à appliquer des repeints de pudeur pour camoufler les parties dévêtues.

Un nouveau sujet ?

La restauration ne modifie pas uniquement la composition, il transforme la lecture de l’œuvre et de son sujet. Il faut néanmoins avoir en tête que ces décolletés révélant largement la poitrine sont en réalité un motif courant dans la peinture néerlandaise.

Le costume de la jeune femme se retrouve en effet dans d’autres tableaux de Salomon de Bray. Le tissu vert avec des motifs végétaux trouve un écho dans une Bergère du Bristol Museum & Art Gallery vêtue d’un tissu similaire mais rouge. Toutefois, le costume fait preuve d’une plus grande réserve pour ce qui est de la profondeur du décolleté. Le tableau d’Orléans résonne en revanche avec d’autres compositions contemporaines, comme la Bohémienne de Frans Hals du musée du Louvre, ou au sein du corpus de Salomon de Bray, qui lui-même rassemble plusieurs représentations féminines à la poitrine dénudée. Mais ces images de jeunes Néerlandaises ne sont pas les seules occurrences d’un décolleté relativement prononcé chez de Bray. Un tableau tirant son sujet du livre des Juges présente de manière tout aussi franche, si ce n’est plus, la poitrine de l’héroïne principale.

Programme de restauration des collections

La restauration de ce tableau s’inscrit dans un chantier plus global mené depuis 2016 pour accompagner le redéploiement des collections. En bientôt dix ans, plusieurs dizaines de tableaux ont perdu leur vernis opaque et ont été nettoyés de leurs repeints, ont pu être étudiés et ont retrouvé une lisibilité souvent spectaculaire.

— Le 24 Oct 2025

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